Chateau-Bien-Assis

Les Amis de Montluçon

Société d'Histoire et d'Archéologie

Excursion des Amis de Montluçon dans les Combrailles

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Activité associée

Château de Chouvigny

Cette année encore, ce sont les transports THERMÉVASION qui  mènent les Amis de Montluçon pour leur sortie annuelle, ce dimanche 22 mai 2016, en direction des Combrailles. Le départ se fait comme à l’habitude devant Monoprix. Trente-huit personnes prennent place et le départ a lieu à huit heures sonnées.

La Crouzille

Le premier arrêt se situe à La Crouzille pour une visite de l’église paroissiale. Nous sommes accueillis par Mme Renée Couppat, guide de pays, accompagnée de Mme Nicole Magnier, maire de la Crouzille.

Sa présentation commence par situer le village à travers son histoire. L’origine du nom viendrait d’une croix de chemin, ou bien tout simplement d’un carrefour de routes.

L’église date du XIIe siècle. Elle est inscrite en totalité depuis 2011 au titre des monuments historiques. Elle est dédiée à Saint-Menelée, abbé emblématique de l’abbaye de Menat.

Remarquable par son imposante façade occidentale, l’église est flanquée de solides contreforts, avec un clocher à peigne, assez rare en Combrailles, et une double volée de cloches. Si elle a subi de nombreuses réparations au fil des âges, une importante  restauration a  été réalisée de 1939 à 1943.

L’entrée possède un portail d’origine romane qui présente  des « allures » gothiques avec ses  chapiteaux à arc brisé, garnis de  feuillages. Le « clocher peigne » a été remanié, pour preuve les ouvertures où prennent place les trois cloches. En témoigne  la taille des pierres  différente pour la cloche du haut par rapport à celles du bas.

Le chevet en demi-cercle a été réalisé au XIXe siècle alors que celui d’origine était un mur plat. On peut en voir la trace à l’extérieur par la présence d’un contrefort d’angle à l’origine de ce chevet. Toujours à l’extérieur, deux contreforts de taille plus étroite indiquent que ces derniers  ont été rapportés.

L’intérieur a été l’objet d’une campagne de décors peints par Louis Dussour[1] et illustrant différents thèmes religieux (scènes de la vie du Christ et de saints, litanies de la Vierge). Cette remarquable composition est complétée par un ensemble de vitraux de la même époque. En plus de l’exemple que nous apprécions dans cette église, il en existe d’autres non loin de là, à Ars-les-Favets, Saint-Amant-Tallende, et dans diverses chapelles de Clermont-Ferrand.

Sur la voûte du chœur, apparaissent trois tableaux du Rosaire : les Mystères joyeux, les Mystères douloureux et les Mystères glorieux.

Dans le fond, une statue en pierre polychrome de Notre-Dame du Rosaire. Au-dessus, une peinture murale représente son couronnement. À sa gauche, on voit saint François de Sales, et à sa droite saint Menélée, avec écrit respectivement en latin « Vérité et charité » ; « Instaurer la paix et la charité ».

Sur les côtés du chœur, plusieurs saints sont représentés, parmi lesquels :

À droite : sainte Anne, saint Paul, saint Louis, les évangélistes Jean et Luc, sainte Jeanne d’Arc et saint Vincent de Paul.

À gauche : saint Joseph, saint Pierre, saint François d’Assise, les évangélistes Mathieu et Marc, le curé d’Ars, l’archange Michel, et sainte Thérèse.

Mentionnons aussi le mobilier. Au fond à gauche, au-dessus des fonts baptismaux, un vitrail et une fresque représentent le baptême du Christ par Saint-Jean-Baptiste. Au-dessus des portes, remarquons un tout petit vitrail du Christ en croix qui permet de laisser passer les rayons du soleil couchant jusqu’au pied de l’autel.

[1] Louis Dussour (1905-1986), né à Riom, est nommé en 1949 directeur de l’École nationale d’art décoratif de Nice. Il quitte l’enseignement en 1971 après avoir été nommé Directeur de l’École des Beaux-Arts de Bourges en 1967. Décorateur d’un grand nombre d’églises et de monuments publics, il répondit tant à des commandes de particuliers qu’à des commandes de l’État.

Montaigut-en-Combraille

Un court trajet nous conduit ensuite à Montaigut-en-Combraille à la découverte du patrimoine de la ville.

Les habitants sont les Montacutains(es). Mais on les surnomme aussi « les bitous » (synonyme de fiers à bras) appelés ainsi depuis 1465, époque de la ligue du Bien Public à laquelle prit part le seigneur de Montaigut.

Nous visitons, ici, une commune médiévale de France de 1021 habitants qui porte le nom de « capitale des Combrailles ». Située à quelques kilomètres du Limousin, Montaigut a attiré l’attention des plus grands, comme les Bourbons et les Orléans. La cité possède un riche passé historique. On peut le découvrir à travers son bourg médiéval qui se développe à flanc de pente, sous le château, ancienne forteresse médiévale du XIIe siècle que nous ne visitons pas car l’accès est difficile. Des vestiges du Moyen Âge sont présents en différent lieux du village. Le quartier médiéval de Montaigut-en-Combraille offre beaucoup d’endroits intéressants, culturels et historiques : on peut les parcourir par de nombreux petit chemins et ruelles qui offrent de beaux panoramas empreints d’une atmosphère moyenâgeuse.

Parcourant ainsi les rues, nous arrivons au vestige de « la Barbacane ». Le terme barbacane désignait pendant le Moyen Âge un ouvrage de fortification avancé qui protégeait un passage, une porte ou poterne, premier obstacle à franchir pour atteindre le château, et qui permettait à la garnison d’une forteresse de se réunir sur un point saillant à couvert, pour faire des sorties, protéger une retraite ou accueillir un corps de secours. Il faut également souligner que cette « chicane » empêchait l’ennemi d’utiliser un bélier pour enfoncer la porte.

Au cœur du quartier médiéval de Montaigut en Combraille, nous remarquons l’architecture particulière et somptueuse, à la fois romane et gothique, de l’église des XIIe et XIIIe siècles. Le style n’est pas auvergnat. Elle appartient à la famille des églises bourbonnaise et bourguignonnes.

Son plan très simple est composé d’une nef à quatre travées, deux collatéraux, un chœur, et une abside pentagonale. Au XIXe siècle, une chapelle accolée sur la partie sud a été dédiée à « Notre-Dame de Bonne Nouvelle ». Cette vierge, représentée encore jeune, est en bois dorée du XVIe siècle : elle accueille la bonne nouvelle de l’Annonciation, les mains jointes sur le cœur.

Un intéressant pilier historié a été trouvé, en 1960, à l’emplacement d’un ancien cimetière. Ce pilier serait le fût d’une croix dans lequel une niche représente saint Alyre, évêque de Clermont et patron de la paroisse. Trois femmes sont représentées : sainte Marguerite, accompagnée d’un dragon qu’elle a terrassé ; sainte Catherine, avec la roue de son supplice ; et sainte Barbe, patronne des pompiers, des artilleurs, des écoliers et des mineurs, avec la tour de sa prison. Ces trois saintes sont dites « auxiliaires » pour le repos des morts. Deux blasons sont présents mais non identifiés.

D’autres œuvres décorent l’église : les restes d’une statue du Christ partiellement brûlée au cours de la Révolution, et qui aurait surplombé une poutre de gloire. Cette poutre, ainsi désignée parce qu’elle porte toujours en son centre un crucifix, est une poutre peinte, sculptée ou orfévrée, placée transversalement à l’entrée du transept ou à l’orée de l’abside. La poutre de gloire est à l’origine du jubé. Elle en vint à constituer une nette séparation entre la nef réservée aux fidèles, et le chœur où officiaient les prêtres.

On peut également remarquer une grande peinture, et de nombreuses statues et vitraux. L’église a subi d’importants travaux de restauration en 2005, 2006 et 2007. Elle fut saccagée pendant la Révolution française.

La maison dite de « l’Apothicaire »[1], où les Amis de Montluçon se réfugient pendant une averse, est un très bel ouvrage d’architecture, située à l’angle de la place de l’église et de la rue du Pont, datant du XVIe siècle. Elle doit son nom à un chapiteau représentant l’ancienne allégorie des apothicaires : le haut d’une colonne engagée est orné de deux singes mangeant des feuilles d’acanthes. Cette vieille demeure est la plus ancienne de la ville.

La « Porte Montmarault », que nous n’avons pas visitée à cause de la pluie, date du XIIIe siècle. Il ne reste qu’une tour, vestige des entrées fortifiées des murailles du château, du temps où Montaigut était une ville fortifiée, rénovée en 2004. Sont distincts sur l’ouvrage les glissières entaillées dans la pierre dans lesquelles naviguait la herse et plus bas les trous dans lesquels s’enfonçaient les énormes verrous de la porte.

Le château, placé au sommet du village, et dont une première mention est faite au XIIe siècle, a été un important lieu d’histoire. Cette forteresse, propriété du roi d’Angleterre, fut ensuite transmise à Archambault de Bourbon. Au début du XIIIe siècle, elle fut prise par Pierre de Blot venu de son Château-Rocher. Ruinée au XVIe siècle, elle fut démantelée en 1632 sur ordre de Richelieu ; il n’en reste qu’une belle vue sur la région avoisinante.

Le beffroi ne faisait pas partie de la forteresse, mais il met en évidence le pouvoir municipal. C’est une imposante tour carrée de 30 m de haut qui abrite l’horloge municipale. Il fut édifié au XIIIe siècle pour servir de poste de guet. Sur sa cloche de 800 kg nommée Charlotte, apparaît une inscription en lettres gothiques peut se traduire ainsi : « Je donnerai l’heure exacte aux citoyens et voyageurs ».

La Place Archambault VIII a été nommée ainsi parce que le sire de Bourbon avait le titre de seigneur de Montaigut. Il fut marié à Béatrix de Montluçon. Tous les deux furent inhumés à l’abbaye de Bellaigue en 1238.

[1] Classée Monument Historique en 1972

Saint-Éloy-les-Mines

Midi approche, et nous sommes attendus pour le déjeuner à Saint-Éloy-les-Mines, au restaurant « le Saint Joseph ».

Après un repas de qualité apprécié par tous, nous sommes invités à 14 heures à visiter le musée qui se trouve à proximité : « La Maison de la Mine ». Il a été construit tout près du chevalement Saint-Joseph et inauguré en 2011. Ce musée est dédié à la vie quotidienne du mineur, et à l’exploitation du charbon.

Plusieurs espaces ont été reconstitués : la salle des pendus, la lampisterie, un site d’abattage, et un site de soutènement.

Dans une salle de projection est proposé un petit film évoquant le métier du mineur de fond. A l’extérieur, on peut apercevoir des petits wagonnets qui servaient au transport du charbon.  On découvre aussi les divers outils que les mineurs utilisaient pour creuser la roche : les lampes à huile surnommées les « raves » à cause de leur forme, et utilisées entre 1850 et 1860 ; les lampes à acétylène du milieu du XXe siècle ; les lampes électriques type ogivales utilisées à partir de 1940, qui présentaient l’inconvénient d’être lourdes et de ne pas éclairer correctement et enfin des lampes électriques montées sur casque, beaucoup plus légères. Il existait également des lampes de sûreté « Wolf » à essence chargées de détecter le grisou, ainsi que des « grisoumètres » donnant les informations en surface. Des reproductions de journaux font état d’un « coup de grisou » le 26 janvier 1950 qui fit treize morts parmi les mineurs et une vingtaine d’intoxiqués. Beaucoup de photos retracent aussi l’histoire de la ville à cette époque, ainsi que de témoignages des anciens. A partir des années 1950, l’accent a été mis sur l’augmentation de la  production par concentration, la mécanisation et l’électrification. On pouvait alors compter plus de 40 corps de métiers différents à la mine.

Le cheval était l’animal généralement employé pour traîner les berlines, car sa puissance est supérieure à celle de l’homme. On avait intérêt à utiliser des chevaux de grande taille, là où les galeries étaient de dimensions suffisantes. Les chevaux étaient capables de tirer un convoi d’une dizaine de berlines et en six heures, de parcourir 16 km et traîner 6 tonnes de charbon. Les chevaux pouvaient rester une semaine au fond de la mine.

Le bassin de Saint-Éloy a compté jusqu’à 52 puits alentours. Aujourd’hui, quelques chevalements sont encore debout comme le Puits Saint-Joseph.

Chouvigny

Après une heure trente d’exploration au pays des mineurs, le dernier voyage nous mène à Chouvigny, nom provenant du latin calvus et –acum, ce qui signifie « domaine chauve ». L’endroit fut pendant longtemps occupé par la vigne, et le vin des côtes de Chouvigny était très réputé, comme nous l’indique le lieu-dit « Montauvin » ainsi que la correspondance de Mme de Sévigné : en visite au clos Lafayette, elle n’hésite pas à vanter les mérites de « ce bon vin qui sent le fût ». Le château, où nous sommes accueillis par la propriétaire, Mme Valérie Beyssade, fut construit en 1250 à la demande de Guillaume Ier de Chauvigny. Son emplacement stratégique permettait de contrôler le passage des Gorges de la Sioule.

Le château de Chouvigny est l’un des rares fleurons de l’architecture militaire médiévale que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Plus de 750 ans après qu’on lui ait donné sa forme actuelle, il veille toujours sur les gorges de la Sioule, perché sur un piton rocheux qui domine de 87 mètres le cours de la rivière.

Tombé en ruines, il a été racheté en 1878. Après avoir connu au moins cinq propriétaires successifs, il arrive enfin, en 1945, entre les mains d’un passionné, M. Groslière, qui rachète ces ruines lourdes d’Histoire dans le but de les restaurer, seul et sans aucun soutien officiel. Son projet passe par un lent rassemblement de toute la documentation nécessaire, ce qui repousse le début des travaux, qui commencent en septembre 1960 avec l’installation de l’eau courante et se terminent en 1966. Il reconstruit la tour de la prison, le donjon carré, la tour de guet, la tour du trésor et la cour de cavalerie.

Ouvert au public depuis 1967, on découvre à présent, en plus de ces rénovations, un salon Henri III, un oratoire, une salle d’honneur (salle d’armes) à voûtes d’arêtes. Sur la terrasse supérieure, où l’on a un point de vue imprenable sur la vallée de la Sioule, est installé un musée du vin et de la tonnellerie qui témoigne du passé viticole de Chouvigny.

À côté, une salle du donjon abrite un « Musée de l’écriture », signe que le château continuera à écrire son histoire, quoi qu’il advienne.

L’église paroissiale de Chouvigny, dédiée à saint Pierre, fut construite en 1760 sur un édifice plus ancien qui servait de chapelle au vieux castel fortifié. Nous y découvrons deux belles statues de bois du XVIIIe siècle représentant Notre-Dame de Chouvigny, et saint Roch le patron de la paroisse. La première fut cachée durant la Révolution par les Calviniens tandis que l’histoire de la seconde nous apprend que c’est au XIVe siècle, lors d’un pèlerinage à Rome, que le saint patron de Chouvigny fut atteint de la peste. Devenu ermite, il fut soigné par un ange et nourri par un chien.

À 18 h 30, enrichis de nouvelles connaissances, les Amis de Montluçon reprennent le car pour un retour prévu vers 20 h à Montluçon. Merci donc à tous les participants de la bonne volonté qu’ils ont mise à respecter les horaires.

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