Les Amis de Montluçon

Société d'Histoire et d'Archéologie

Au charbon ! Sur les traces de la libellule géante, ou l’histoire du bassin houiller de Commentry

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carte de la concession du bassin houiller de Commentry, établie par Henri FAYOL en 1887

Le bassin houiller de Commentry comprend à l’est la concession de Commentry et à l’ouest les concessions situées sur les communes de Néris-les-Bains et Chamblet.

La « Meganeura Monyi » de Commentry

S’il est un nom connu en paléontologie, c’est bien celui de Commentry ; cette célébrité tient aux fossiles exceptionnels qui furent découverts lors de l’exploitation de la houille.De nombreux fossiles sont extraits et analysés par les scientifiques mais la plus importante découverte reste l’empreinte de la libellule géante Meganeura Monyi trouvée à Commentry en 1878, gravée dans le charbon ; cette libellule géante de 70 cm d’envergure est le plus grand insecte volant connu ayant vécu sur Terre !

Le fossile qui a servi à la description de cet insecte est conservé au Muséum national d’histoire naturelle.

Héritage du passé local et symbole de la préservation de l’environnement, la libellule est devenue au XXIe siècle l’emblème de la ville de Commentry.

La « Meganeura Monyi » de Commentry (Photo : MNHN – D. Serrette)

Les origines du développement de l’activité houillère à Commentry

La découverte de la houille à Commentry semble remonter au XVIe siècle. Au début, l’extraction en surface suffisait aux besoins de la consommation locale pour le chauffage ou l’activité de maréchalerie.

Il faudra attendre le XIXe siècle pour que l’activité houillère se développe. Nicolas Rambourg, un maitre de forges installé en forêt de Tronçais, va très vite comprendre l’intérêt de la houille – aussi appelée « charbon de terre » – pour chauffer ses fours qui fonctionnaient au « charbon de bois ».

Ayant eu connaissance de la présence de houille à Commentry, il en sollicite l’exploitation dont il devient concessionnaire en 1811 puis propriétaire en 1821. On peut considérer que l’exploitation de la mine de Commentry débute en 1818. À partir de là, Nicolas Rambourg est à l’origine du développement de l’activité houillère et de l’industrie du bassin commentryen et montluçonnais. Pour utiliser sur place la houille extraite, il va d’abord construire une glacerie. Dans cette industrie, il faut brûler 4 kilogrammes de charbon pour obtenir 1 kilogramme de verre.

Les débuts de l’exploitation

Au début de l’exploitation, l’extraction se fait en surface ou à faible profondeur par des puits qui ne descendent pas à plus de 20 mètres. On recensait 3 gisements qui ne produisaient que 1 000 tonnes par an. Une carte datant de 1810 les indique sous les noms de Puits Sainte-Aline, Saint-Victor et Saint-Nicolas.

En raison de nombreux incendies, l’exploitation va se faire essentiellement à ciel ouvert. La tranchée ou carrière se présente sous la forme d’une vaste excavation organisée en terrasses, un peu comme un stade avec des gradins. Chaque couche est creusée successivement afin d’y exploiter l’intégralité du charbon sur plusieurs dizaines de mètres de profondeur.

Commentry : La tranchée de l’Espérance (Photo Arch. monde du Travail (Roubaix)

Les installations dans la tranchée

Le parc à bois : Le bois est indispensable, principalement pour l’étayage des galeries : par exemple, en 1877, la mine de Commentry consomme 600 000 m3 d’étais en bois, 65 000 m² de planches et 1000 m3 de charpente.

La chambre chaude est le lieu où le mineur laisse ses effets de ville avant la descente, et ses vêtements de travail à la fin de sa besogne.

À Commentry, la chambre chaude est un simple vestiaire qui ne comporte pas de « salle des pendus » comme dans d’autres régions minières.

Le ventilateur permet de faire circuler un flux d’air dans les galeries pour éviter les accumulations de gaz et donc les risques de coups de grisou.

 

L’exploitation en profondeur

Au fur et à mesure de l’épuisement en surface, on commence à extraire le minerai en profondeur. Une descenderie (ou fendue), ou un puits incliné, permettent d’accéder aux galeries depuis la surface. L’accès au gîte se fait directement à partir de la tranchée par un tunnel qui s’enfonce jusqu’à la veine à exploiter. Un système de voies ferrées permet le transport du charbon vers l’extérieur de la galerie. Ensuite, le minerai est transporté sur des plans inclinés depuis la tranchée jusqu’au site de traitement (le carreau).

Sortie d’une descenderie – Carrière Sainte-Aline Photo Arch. Nat. du Monde du Travail (Roubaix)

Le bassin commentryen

Le bassin houiller de Commentry à une forme allongée de l’ouest nord-ouest à l’est sud-est. Il s’étend sur les communes de Commentry, Néris-les-Bains à l’ouest et la commune de Chamblet au nord. La largeur moyenne est de 3 kilomètres, la longueur est de 9 kilomètres pour une superficie d’environ 25 km2, sa puissance varie entre 15 et 25 mètres.

Dès 1881, Henri Fayol, alors directeur des houillères de Commentry, livre à la communauté scientifique ses observations géologiques. L’ensemble de ses travaux sera édité dans un ouvrage en 1887.

Toutes ces concessions se développent dès que le canal de Berry est mis en service, entraînant l’installation de nombreuses entreprises à Montluçon.

Les grandes entreprises montluçonnaises telles que « Commentry-Fourchambault » ou « Châtillon-Commentry » vont peu à peu acquérir les différentes concessions afin d’assurer leur indépendance énergétique.

La concession de Commentry

A partir de 1825, la production augmente avec la mise en service de la glacerie de Commentry ; mais elle sera ralentie dès 1830 avec la fermeture de cette industrie verrière.

L’ouverture du canal de Berry entre Montluçon et Saint-Amand-Montrond en 1834, puis entre Montluçon et Vierzon en 1836, permet le début de l’exploitation (5 632 tonnes en 1834 et 8 000 tonnes en 1836). 1839 marque le début de l’exploitation du gisement à grande échelle : le prolongement du canal rend désormais possible le transport du minerai jusqu’aux grands centres industriels nivernais (24 254 tonnes en 1839).

Avec la mise en service du Chemin de Fer des Houillères en 1846, la production de la mine peut être acheminée plus rapidement vers le port du canal de Montluçon. Elle passe de 82 000 tonnes en 1846 pour atteindre 117 000 tonnes en 1850 (1 083 employés), 222 000 tonnes en 1855 (1178 employés), 310 000 tonnes en 1860 (1610 employés), 432 000 tonnes en 1866 (2162 employés).

Sur une carte datant de 1869, on peut observer 11 puits et 4 tranchées. L’extraction va produire 565 000 tonnes et employer 1808 personnes. Un pic de production sera atteint en 1875 avec 588 000 tonnes (1 899 employés). Mais ensuite, entre 1875 et 1900, cette production commence à diminuer avec un palier autour de 400 000 tonnes par an et environ 1500 employés.

L’épuisement du gisement

A partir de 1896, tous les anciens puits sont fermés afin de concentrer l’exploitation sur une seule installation centrale de descenderie, de triage, de lavage, d’épuisement et d’ateliers.

Le site dispose alors de 117 fours de carbonisation (four à coke) et d’une machine à agglomérer (pour fabriquer les boulets de charbon).

Avec l’épuisement du gisement houiller de Commentry, la compagnie s’oriente vers les mines de Brassac (acquises en 1891) et Decazeville (acquises en 1892). La production à Commentry tombe à 283 000 tonnes en 1900, 148 000 tonnes en 1905 puis 100 000 tonnes en 1910 (800 employés). Enfin, à partir de 1911 et de l’arrêt du Puits Central, il ne reste plus que les Puits du Bourg et des Raynauds pour assurer la production annuelle qui s’étale entre 12 000 et 30 000 tonnes.

Au fil du temps, les tranchées sont envahies par l’eau et deviennent de profonds étangs. La plupart des chantiers sont partiellement remblayés avec les stériles ou noyés, constituant par endroit de vastes bassins qu’on appellera plus tard les « étangs de la mine ».

Les concessions des Ferrières

La bataille des Ferrières

Dès 1837 et pendant plusieurs années, une bataille importante oppose plusieurs familles pour l’obtention d’une concession située dans un périmètre autour des Ferrières. Trois ordonnances du 11 mars 1842 répartissent les concessions :

– La concession des Ferrières, d’une superficie de 369 hectares, est attribuée aux frères et sœurs Villatte de Peufeilhoux, héritiers indivis de leur père.

– La concession des Biolles, d’une superficie de 358 hectares, revient à Louis-Guillaume Leguay.

– La concession du Marais, d’une superficie de 297 hectares, est obtenue par l’association de Montaignac, Drouillard, Benoist d’Azy et de Raffin.

– Un quatrième lot, situé entre la concession des Ferrières et celle des Biolles et comprenant 310 hectares, est tenu en réserve d’exploitation tant que des gîtes de houille exploitables n’y auront pas été découverts (concession de Pauline ou des Forettes).

Concession des Ferrières et Pauline

Entre 1840 et 1955, on recense une vingtaine de puits.

Parmi les plus profonds figurent le Puits de la Machine (1853-1867) foncé à 119 mètres de profondeur, le Puits du Centre (1870-1888) à 142,65 mètres, le Puits Neuf (1878-1955) à 239,50 mètres, le Puits Saint-Isidore (1856-1867) à 247 mètres, et le Puits Saint-Étienne (1856-1955) à 328 mètres.

L’exploitation minière des Ferrières compte 154 employés en 1850 (tranchée Saint-Nicolas, Puits Louis-Philippe et Saint-Nicolas). En 1853, 3 puits (la Machine, l’Espérance, Saint-Isidore) produisent 5000 tonnes. En 1900, 2 chantiers sont en service (Puits Neuf et Puits Saint-Étienne) ; ils emploient 415 employés dont 351 ouvriers au fond et 64 au jour.

En 1910, 3 chantiers assurent l’extraction (Puits Neuf, Puits Saint-Etienne et Puits Saint-Isidore) avec un effectif de 522 employés, dont 415 ouvriers au fond et 107 au jour. Un pic de production est atteint en 1918 avec 97 800 tonnes. La production diminue à partir de 1920 et va occuper 386 employés en 1930. Le Puits Neuf et le Puits Saint-Étienne sont utilisés pour l’exploitation, le Puits de Magnier et le Puits de Cerclier pour l’aérage, et le Puits des Thuelles pour des recherches. En septembre 1955, la production s’arrête et presque tous les mineurs sont licenciés.

Aux Ferrières, les traces du passé minier ont quasiment disparu. Quelques bâtiments des corons restent encore debout. Le terril (la butte) subsiste, mais il s’efface peu à peu sous une végétation envahissante. C’est le dernier témoin des mines de charbon exploitées de 1842 à 1955.

La concession du Marais

La concession du Marais est située au nord de la concession de Commentry, sur les communes de Chamblet, Malicorne et Néris-les-Bains. Elle est composée d’une seule couche de 3 à 4 mètres d’épaisseur à la profondeur de 100 mètres. La production de la mine du Marais est faible, un pic de production est atteint en 1856 avec 24 000 tonnes extraites et un effectif de 135 personnes. 9 puits composent cette concession dont les plus importants atteignent plusieurs centaines de mètres de profondeur : 162,50 mètres pour le Puits Saint-Étienne, 239,50 mètres pour le Puits Neuf, 280 mètres pour le Puits de Magnier et 344 mètres pour le Puits des Thuelles. L’exploitation cesse en 1877, mais elle reprendra un peu en 1941 lors du second conflit mondial.

La concession du Pavillon

L’exploitation est desservie par deux puits : Le Puits du Pavillon, garni d’échelles, atteint la profondeur de 40 mètres et sert pour la descente des ouvriers ; il sera remblayé en 1955. Le Puits de Chantoiseau descend à la profondeur de 362,60 mètres. Muni d’une machine à vapeur, il sert à l’épuisement des eaux et à l’extraction de l’anthracite. La production de la concession du Pavillon atteint 3000 tonnes en 1941, 10 000 tonnes en 1942, 11 000 tonnes en 1943, descend à 5000 tonnes en 1944, 3000 tonnes en 1945 puis remonte progressivement pour atteindre 10 000 tonnes en 1949.

La concession des Biolles

Située à l’ouest de la concession de Commentry et au sud de la concession des Ferrières, elle ne renferme qu’une seule couche exploitée jusqu’en 1929 par 6 puits dont les plus profonds sont le Puits n° 3 (363 mètres en 1913) et le Puits des Biolles utilisé de 1862 à 1869 (371,63 mètres en 1867).

Ce qu’il restait en 1955

– À Commentry : seulement 2 puits sont en exploitation : le Puits des Raynauds (entrée d’air) et le Puits du Vieux-Bourg (retour d’air) jusqu’en 1961 pour la fabrication des agglomérés. Ce chantier produit 67,4 tonnes de charbon par jour.

– Secteur des Ferrières : à la fin de l’exploitation, seuls deux puits sont encore en activité au lieu-dit « Les Ferrières » : le Puits Saint-Étienne (entrée d’air) et le Puits de Magnier (retour d’air). Ce chantier produit 98 tonnes par jour.

– Secteur du Puits Neuf : entre le Puits de Cerclier utilisé comme entrée d’air et le Puits Neuf utilisé comme retour d’air. On y extrait 105 tonnes de charbon par jour.

– Secteur des Thuelles : entre le Puits des Thuelles (entrée d’air) et le Puits de Chantoiseau (retour d’air), 37 tonnes de charbon par jour sortent de ce chantier.

En guise de conclusion

Si la présence de ressources minières et la première révolution industrielle ont été les éléments déclencheurs de l’essor du bassin commentryen, d’autres facteurs vont accélérer cette évolution. Ce sont tout d’abord les moyens de transports tels que le chemin de fer des houillères entre Commentry et Montluçon, le Canal de Berry, et enfin les voies de chemin de fer départementales puis nationales qui vont permettre la diffusion du charbon de Commentry sur tout le territoire français.

Toutefois, sans la clairvoyance et la volonté de quelques hommes, cette formidable aventure n’aurait pas pu se produire. Nicolas Rambourg (1751-1827), l’artisan du développement de la mine de Commentry et de l’industrie du bassin montluçonnais ; Paul Rambourg (1799-1873), l’architecte du développement de la ville de Commentry ; Stéphane Mony (1800-1884) dit Stéphane Flachat, le concepteur du « chemin de fer à ficelle » ; Henri Fayol (1841-1925), le géologue gestionnaire de la mine de Commentry.

De ce passé minier, il ne subsiste malheureusement aucune trace, les sites abandonnés ont été comblés ou noyés, les installations détruites et la végétation a envahie le territoire. Il nous reste les souvenirs de quelques anciens et les ouvrages produits par une poignée d’historiens. Nous n’oublions pas nos racines et ceux qui ont fait prospérer le bassin de Montluçon-Commentry.

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