Les concessions des Ferrières
La bataille des Ferrières
Dès 1837 et pendant plusieurs années, une bataille importante oppose plusieurs familles pour l’obtention d’une concession située dans un périmètre autour des Ferrières. Trois ordonnances du 11 mars 1842 répartissent les concessions :
– La concession des Ferrières, d’une superficie de 369 hectares, est attribuée aux frères et sœurs Villatte de Peufeilhoux, héritiers indivis de leur père.
– La concession des Biolles, d’une superficie de 358 hectares, revient à Louis-Guillaume Leguay.
– La concession du Marais, d’une superficie de 297 hectares, est obtenue par l’association de Montaignac, Drouillard, Benoist d’Azy et de Raffin.
– Un quatrième lot, situé entre la concession des Ferrières et celle des Biolles et comprenant 310 hectares, est tenu en réserve d’exploitation tant que des gîtes de houille exploitables n’y auront pas été découverts (concession de Pauline ou des Forettes).
Concession des Ferrières et Pauline
Entre 1840 et 1955, on recense une vingtaine de puits.
Parmi les plus profonds figurent le Puits de la Machine (1853-1867) foncé à 119 mètres de profondeur, le Puits du Centre (1870-1888) à 142,65 mètres, le Puits Neuf (1878-1955) à 239,50 mètres, le Puits Saint-Isidore (1856-1867) à 247 mètres, et le Puits Saint-Étienne (1856-1955) à 328 mètres.
L’exploitation minière des Ferrières compte 154 employés en 1850 (tranchée Saint-Nicolas, Puits Louis-Philippe et Saint-Nicolas). En 1853, 3 puits (la Machine, l’Espérance, Saint-Isidore) produisent 5000 tonnes. En 1900, 2 chantiers sont en service (Puits Neuf et Puits Saint-Étienne) ; ils emploient 415 employés dont 351 ouvriers au fond et 64 au jour.
En 1910, 3 chantiers assurent l’extraction (Puits Neuf, Puits Saint-Etienne et Puits Saint-Isidore) avec un effectif de 522 employés, dont 415 ouvriers au fond et 107 au jour. Un pic de production est atteint en 1918 avec 97 800 tonnes. La production diminue à partir de 1920 et va occuper 386 employés en 1930. Le Puits Neuf et le Puits Saint-Étienne sont utilisés pour l’exploitation, le Puits de Magnier et le Puits de Cerclier pour l’aérage, et le Puits des Thuelles pour des recherches. En septembre 1955, la production s’arrête et presque tous les mineurs sont licenciés.
Aux Ferrières, les traces du passé minier ont quasiment disparu. Quelques bâtiments des corons restent encore debout. Le terril (la butte) subsiste, mais il s’efface peu à peu sous une végétation envahissante. C’est le dernier témoin des mines de charbon exploitées de 1842 à 1955.
La concession du Marais
La concession du Marais est située au nord de la concession de Commentry, sur les communes de Chamblet, Malicorne et Néris-les-Bains. Elle est composée d’une seule couche de 3 à 4 mètres d’épaisseur à la profondeur de 100 mètres. La production de la mine du Marais est faible, un pic de production est atteint en 1856 avec 24 000 tonnes extraites et un effectif de 135 personnes. 9 puits composent cette concession dont les plus importants atteignent plusieurs centaines de mètres de profondeur : 162,50 mètres pour le Puits Saint-Étienne, 239,50 mètres pour le Puits Neuf, 280 mètres pour le Puits de Magnier et 344 mètres pour le Puits des Thuelles. L’exploitation cesse en 1877, mais elle reprendra un peu en 1941 lors du second conflit mondial.
La concession du Pavillon
L’exploitation est desservie par deux puits : Le Puits du Pavillon, garni d’échelles, atteint la profondeur de 40 mètres et sert pour la descente des ouvriers ; il sera remblayé en 1955. Le Puits de Chantoiseau descend à la profondeur de 362,60 mètres. Muni d’une machine à vapeur, il sert à l’épuisement des eaux et à l’extraction de l’anthracite. La production de la concession du Pavillon atteint 3000 tonnes en 1941, 10 000 tonnes en 1942, 11 000 tonnes en 1943, descend à 5000 tonnes en 1944, 3000 tonnes en 1945 puis remonte progressivement pour atteindre 10 000 tonnes en 1949.
La concession des Biolles
Située à l’ouest de la concession de Commentry et au sud de la concession des Ferrières, elle ne renferme qu’une seule couche exploitée jusqu’en 1929 par 6 puits dont les plus profonds sont le Puits n° 3 (363 mètres en 1913) et le Puits des Biolles utilisé de 1862 à 1869 (371,63 mètres en 1867).
Ce qu’il restait en 1955
– À Commentry : seulement 2 puits sont en exploitation : le Puits des Raynauds (entrée d’air) et le Puits du Vieux-Bourg (retour d’air) jusqu’en 1961 pour la fabrication des agglomérés. Ce chantier produit 67,4 tonnes de charbon par jour.
– Secteur des Ferrières : à la fin de l’exploitation, seuls deux puits sont encore en activité au lieu-dit « Les Ferrières » : le Puits Saint-Étienne (entrée d’air) et le Puits de Magnier (retour d’air). Ce chantier produit 98 tonnes par jour.
– Secteur du Puits Neuf : entre le Puits de Cerclier utilisé comme entrée d’air et le Puits Neuf utilisé comme retour d’air. On y extrait 105 tonnes de charbon par jour.
– Secteur des Thuelles : entre le Puits des Thuelles (entrée d’air) et le Puits de Chantoiseau (retour d’air), 37 tonnes de charbon par jour sortent de ce chantier.
En guise de conclusion
Si la présence de ressources minières et la première révolution industrielle ont été les éléments déclencheurs de l’essor du bassin commentryen, d’autres facteurs vont accélérer cette évolution. Ce sont tout d’abord les moyens de transports tels que le chemin de fer des houillères entre Commentry et Montluçon, le Canal de Berry, et enfin les voies de chemin de fer départementales puis nationales qui vont permettre la diffusion du charbon de Commentry sur tout le territoire français.
Toutefois, sans la clairvoyance et la volonté de quelques hommes, cette formidable aventure n’aurait pas pu se produire. Nicolas Rambourg (1751-1827), l’artisan du développement de la mine de Commentry et de l’industrie du bassin montluçonnais ; Paul Rambourg (1799-1873), l’architecte du développement de la ville de Commentry ; Stéphane Mony (1800-1884) dit Stéphane Flachat, le concepteur du « chemin de fer à ficelle » ; Henri Fayol (1841-1925), le géologue gestionnaire de la mine de Commentry.
De ce passé minier, il ne subsiste malheureusement aucune trace, les sites abandonnés ont été comblés ou noyés, les installations détruites et la végétation a envahie le territoire. Il nous reste les souvenirs de quelques anciens et les ouvrages produits par une poignée d’historiens. Nous n’oublions pas nos racines et ceux qui ont fait prospérer le bassin de Montluçon-Commentry.