À Préveranges
Le premier moulin construit sur l’Arnon est aux Murailles à Préveranges, il porte le nom de moulin du Mas. Le nom Murailles vient du mur de pierres sèches qui longe toute la propriété.
À Saint-Palais
La rivière Arnon arrive à Saint-Palais à la Gane-Chibrat, site qui rassemble trois communes, trois départements et trois régions.
Le moulin de la Gane-Chibrat se trouve à environ 500 m du hameau du même nom ; le site est encaissé : des rochers d’un côté, l’Arnon de l’autre. C’est un bâtiment remarquable de trois étages. Les murs sont construits en pierres plates et les fenêtres à petits carreaux possèdent encore leurs volets en bois. Le moulin a été transformé en atelier tout en conservant des vestiges dont un rouet à l’intérieur du moulin. Une roue est protégée dans un local situé à l’arrière du bâtiment.
Les ruines du moulin de Bel Air se résument à quelques pierres taillées à proximité d’un gué sur l’Arnon. Un chemin bordé de pierres plates conduit au moulin, peut-être le chemin d’accès. Enfin, sur un affluent de l’Arnon, le Chagnon, le moulin de la Chineau ne laisse que les souvenirs des bals clandestins organisés durant la Seconde Guerre mondiale.
À Saint-Sauvier, tous les moulins ont disparu, le moulin du Patouiller n’existe plus et le moulin du Ferrand à quelques encablures en amont de son confluent avec le ruisseau de Saint-Rémi est, au XVIIe siècle, la propriété du château de la Roche-Guillebaud. Dans un rapport[1] établi pour le fermier Duchier, en 1618, il est stipulé : « … sommes aussy transportés en aultre moullin appelé moulin des Ferrands auquel est besoing de faire une … cheminée, une roue, un rouet, deulx bacs aux fausses palles, ainsy que lesdicts experts nous ont rapporté et qu’il nous est apparu. ». Le moulin est en ruine depuis des années. Dernier moulin de la commune, le moulin du Breuil, situé sur un petit ruisseau qui rejoint l’Arnon au moulin du Vert à Mesples, il n’en reste aucun vestige.
À Mesples, deux moulins sont situés sur les chemins de randonnée des Maîtres Sonneurs. Au moulin du Vert, une ancienne digue barre le cours de l’Arnon et l’oriente vers le nord. Le nom[2] Vert ou Verd vient du latin veterus qui signifie, vieux, vigoureux ; mais aussi un lieu où poussent les vergnes, du latin véridis désignant également pré, verger.
Le moulin du Vert est niché dans une vallée encaissée, Maurice Piboule évoque les traces d’une motte, d’un soubassement de tour médiévale, vestige du château du Vert, située près de la maison actuelle. Descendant du moulin du Ferrand, l’Arnon est rejoint par le ruisseau du Breuil, formant un éperon rocheux, et alimentant l’étang du Vert, sur lequel se trouvait une tour de surveillance qui a disparu. C’est peut-être le lieu initial de la seigneurie du Vert qui aurait été déplacée 500 mètres en aval lors de la construction de la digue. Le moulin et l’étang, d’une superficie de trois hectares, datent de 1234 selon une charte signée entre le seigneur de la Roche-Guillebaud et l’Abbaye des Pierres[3]. En 1687[4], le Vert apparaît comme un fief mouvant de Préveranges et dépend de la justice de la Roche-Guillebaud. Le fief du Vert sera affranchi d’impôts royaux et dispensé de taille et de gabelle jusqu’à la Révolution. Le moulin du Vert est vendu au titre des biens nationaux le 29 messidor an VII ; il appartient alors au prince de Croÿ. Le château du Vert a disparu mais le moulin a résisté au passage des années et la maison d’habitation porte encore en son fronton un écusson non gravé appelé « table d’attente ».

Le moulin de la Vie est situé sur un ancien chemin qui traverse l’Arnon, chemin décrit par le géographe Cassini[5]. Le chemin de randonnée des Maîtres Sonneurs traverse le cœur du hameau et passe dans la cour, par-dessus le bief du moulin. C’est un petit barrage, toujours présent, qui dévie une partie du cours de la rivière Arnon pour canaliser l’eau et alimenter ainsi le moulin. Celui-ci trouve son origine à environ 300 mètres en amont du moulin.
Le propriétaire a mis le moulin hors d’eau en faisant refaire le toit et des huisseries. Il souhaite remettre le bief en eau et restaurer la pelle en bois, située en façade et assurant la régulation du débit de l’eau. Une turbine permettrait éventuellement de compléter la rénovation.
À Viplaix on compte plusieurs moulins dont une maillerie[6], ou moulin à foulon, disparue depuis longtemps mais dont il reste encore quelques murs à proximité du hameau des Rats.
Le chanvre est cultivé dans des chènevières toutes proches et la fibre de chanvre est prisée car elle donne un fil robuste que les tisserands transforment en une toile qui entre dans la confection de draps et de vêtements. Dans un moulin à foulon, les marteaux en bois ou les maillets – d’où le nom de maillerie – permettent de fouler les étoffes de chanvre. Ce type de moulin hydraulique[7] apparait au XIIe siècle.
A proximité se trouve le « yacis » du moine, nom peut-être lié à un ancien propriétaire des lieux, c’est une petite digue construite sur l’Arnon pour détourner l’eau et la conduire à la maillerie par un canal de dérivation aujourd’hui asséché. Le barrage en pierre existe toujours. L’Arnon conflue avec le Pommet dont une dérivation irriguait une chènevière située en face de la maillerie, de l’autre côté de l’Arnon.
Un peu plus loin, le moulin Marin a disparu dans les flammes à la fin du XIXe et n’a jamais été reconstruit. Le moulin des Ores, situé au confluent de l’Arnon et de son affluent la Dionne, est bien conservé du fait de sa reconstruction probable au début du XIXe siècle. Il fonctionne encore au début du XXe et contient toujours le mécanisme complet d’un moulin à eau, dont les deux meules, seule la roue en bois a disparu. Un ancien propriétaire envisageait de faire restaurer la roue dans les années 1990. Des bals clandestins étaient organisés au moulin[8] ; c’est un fond de vallée, un lieu discret et il y a du parquet au sol pour danser au son d’un phonographe ou d’un accordéoniste.
À Saint-Éloy-d’Allier, l’ensemble défensif de la Roche-Guillebaud comprend une chapelle[9] et un moulin[10] établi au XIe à proximité des piles du pont. Aucune trace n’est retrouvée sur le cadastre napoléonien, seulement sur la carte de Cassini, laquelle signale également un moulin sur le ruisseau du Plaix.
[1] Michel GUILLEMAIN, Le château de la Roche-Guillebaud, Bulletin des Amis de Montluçon, 3e série, n° 19, 1968, p. 36.
[2] Maurice PIBOULE, Essai de toponymie rurale, Études archéologiques nouvelle série n° 1, 1996, p. 239.
[3] André LEGUAI, Histoire des communes de l’Allier, arrondissement de Montluçon, Horvath, Roanne, 1986, p. 310.
[4] Michel GUILLEMAIN, L’ancienne seigneurie de la Roche-Guillebaud, pages 21 et 22.
[5] Carte de CASSINI, XVIIIe ; sur le chemin passant au Treux ou le Treuil.
[6] Dans notre région, à la limite des langues d’oc et d’oil, le mot mail est assimilé à moulin foulon, le terme maillerie peut être utilisé indifféremment pour le moulin à chanvre et pour le moulin à draps.
[7] Auparavant, le foulonnier foule le drap dans des grands bacs contenant de l’argile liquide tiède.
[8] Entretien d’Éric BOURGOUGNON avec Paulette GALARD, 97 ans, à Huriel, qui a dansé au moulin des Ores.
[9] Selon O. TROTTIGNON, il s’agit de la chapelle Sainte-Valérie, attestée en 1257.
[10] Michel GULLEMAIN, Le château de la Roche-Guillebaud, Plan du château, de la basse-cour, de la pêcherie et du moulin, Bulletin des Amis de Montluçon, 3e série, n° 19, 1968, page 39.