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Chateau-Bien-Assis

Les Amis de Montluçon

Société d'Histoire et d'Archéologie

Le château de Montluçon de la Révolution à la Restauration

Publication

Activité associée

Croquis du château d’après des dessins issus des projets d’aménagement de l’esplanade en 1749. Arch. Amis de Montluçon, fonds Pradel déposé en 2022

Lors de la dernière séance des Amis de Montluçon, le conférencier Olivier Troubat a fait partager à son auditoire les vicissitudes du Château de Montluçon qui a échappé à la destruction lors de la Révolution et qui est passé des mains des représentants du pouvoir royal à celles de la municipalité, pour devenir définitivement en 1816 la propriété de la Ville de Montluçon.

C’est ce mouvement de balancier qui a scandé la vie du « Vieux Château », témoignage de l’attachement particulier des Montluçonnais à ce lieu historique profondément imprégné du sceau républicain.

Liens d’attachement dans le temps et acquisition par la ville

Confisqué pendant la Révolution au prince de Bourbon-Condé, duc engagiste du Bourbonnais, le château de Montluçon est donné à la ville en 1804. En 1814, lors de la Restauration, il est restitué au prince par le maire sans l’aval du conseil municipal. Un accord de rachat sera convenu, puis une contestation qui conduira aux remboursements des sommes versées et la prise de possession définitive par la ville.

Les documents d’archives, dont beaucoup sont issus des fonds conservés aujourd’hui au château de Chantilly, demeure du prince, montrent que la volonté de possession du château par la ville résulte d’un attachement ancien, dont on trouve les traces dès le XVe siècle. Le château, présent sur le blason de la ville et dont une tour abrite l’horloge et le campanile de la ville, symboles des libertés urbaines, semble si important pour les habitants qu’ils iront jusqu’à empêcher des destructions de bâtiments au XVIIIe siècle.

Le prince de Bourbon-Condé, propriétaire du château

            Les princes de Bourbon-Condé sont ducs engagistes[1] du Bourbonnais depuis leur attribution par le roi de France en 1661 en échange du duché d’Albret et par les rachats en 1662 de plusieurs châtellenies démembrées du Bourbonnais – Montluçon, Hérisson, Ainay-le-Château, Bourbon, Verneuil – permettant de reconstituer le domaine du duché de Bourbonnais.

            À la Révolution, la famille des Bourbon-Condé est une des premières à s’exiler hors de France, quelques jours après la prise de la Bastille. L’exil du prince a des conséquences rapides dans ses terres et en particulier au château de Montluçon. En 1790, le tribunal s’y installe. En 1792, le conseil de la commune quitte ses anciens locaux situés au-dessus de la porte des Cordeliers – contraint par l’État qui les réquisitionne ainsi que la caserne de la ville située près de l’église Saint-Pierre – et se réunit provisoirement au château du 15 juillet 1792 au 18 janvier 1793, en attendant de trouver de nouveaux locaux. La nouvelle salle de réunion se trouvera dans l’ancienne maison des Ursulines, où un bail est convenu jusqu’en 1805. Le château fut excepté de la vente des biens nationaux et fut affecté aux services publics de l’État. Même si la ville n’en est pas alors propriétaire, elle en assume les dépenses d’entretien dès 1790. Elle en obtiendra provisoirement l’usage à partir de 1796, mais pas encore la propriété.

  1. Le terme désigne une possession sous le contrôle du roi, qui garde une part de possession du duché. Pour le château, le roi et le Conseil d’État doivent être consultés lors de destructions de bâtiments opérés sur l’esplanade dans des textes de 1749 et 1756 (AD 03, 1 C 26 et 1 C 29.

Le château, propriété de la ville

En 1804 le préfet de l’Allier abandonne le « vieux château » à la ville, en remplacement de la maison commune et de la caserne situées alors en ville, aliénées au profit de l’État sans compensation. « La ville de Montluçon sera tenue de faire faire à ses frais toutes les réparations qu’exige l’état actuel du dit château, d’y placer ses bureaux et sa mairie ». Elle loue désormais une partie du rez-de-chaussée au tribunal, soit la grande salle au nord du rez-de-chaussée du grand corps de logis et la partie ouest de l’aile nord notée sur les plans « bûchers de la salle du conseil du tribunal ». Une partie des appartements est louée à des particuliers et une salle de spectacle est installée au premier étage.

Les travaux de 1805

Plan des travaux dans la partie sud du château en 1805

Le 9 février 1805, le bail de la maison commune expirant à la Saint-Jean, le maire fait faire un devis pour aménager au château les bureaux de la mairie, y loger le secrétaire-greffier et installer une salle de séances. Le conseil municipal approuve les travaux pour un montant de 2316 francs. La salle du conseil sera installée dans la grande salle sud du rez-de-chaussée.

Pour le grand corps de logis, au 1er étage, on supprime des manteaux de cheminées jugés encombrants, dans la salle de spectacle et au rez-de-chaussée dans la salle projetée pour les conseils municipaux, afin d’agrandir « la salle de spectacle qui est trop petite et pour procurer un emplacement convenable à la salle du conseil ». Les travaux sont réalisés de mai à août 1805. On remarque qu’aucun travail n’est fait aux toitures, qui semblent être dans un état satisfaisant. Le conseil municipal s’installe aussitôt dans ses nouveaux locaux remis à neuf.

La restitution du château au prince de Condé en 1814

 Lors de la Première Restauration, le roi Louis XVIII, par ordonnance du 24 mai 1814, restitue les biens confisqués au prince en Bourbonnais. Le prince et ses commis n’entreprennent toutefois pas de démarches.

Mais c’est sans compter sur le zèle du maire de la ville de Montluçon, le baron Jean-Baptiste Pérethon de La Mallerée, qui se revendique royaliste. Lors d’un passage à Paris, il propose à Louis-Joseph de Bourbon, Prince de Condé revenu d’exil, de lui restituer le château de Montluçon, appuyant son projet par des démarches et écrits des 10 et 27 septembre 1814.

Lorsqu’on apprend cette action personnelle entreprise par le maire, c’est une tempête à Montluçon. Le conseil municipal et son premier adjoint s’opposent farouchement à cette initiative solitaire, faite sans consulter l’assemblée communale. Mais le nouveau préfet de l’Allier, le marquis de Grandville, royaliste lui-aussi, valide la restitution le 13 octobre 1814. Le conseil municipal, mis devant les faits sans être consulté, proteste et demande au préfet la convocation d’une assemblée extraordinaire. Celui-ci refuse, et le château est officiellement remis au commis du prince en décembre 1814.

La récupération du château par la ville

Mis devant le fait accompli, le conseil municipal se résigne à négocier avec les représentants du prince de Condé. Le 9 décembre 1814, le baron Perethon de la Mallerée, toujours maire, sollicite que la ville puisse continuer à disposer du château, tout en payant un loyer raisonnable.

Entre-temps, Napoléon revient de l’île d’Elbe pour les 100 jours au printemps et à l’été 1815. Le château est restitué quelques mois à la ville. Mais après sa capitulation en août 1815, le château retourne de nouveau au prince de Condé. L’agent du prince doit discuter avec le nouveau maire Chevenon, marquis de Bigny, et son conseil municipal, beaucoup moins accommodants que du temps du maire précédent.

Finalement, le 29 mars 1816, le prince propose de donner le château à la ville contre une redevance pluriannuelle à définir. L’accord prévoit que la ville versera au prince de Condé une rente annuelle de 100 francs, anticipée à 1814. Finalement, en 1821, la ville conviendra avec le prince du rachat pour 2000 francs de la rente en une fois pour acquérir définitivement le château en pleine propriété. En 1841, s’étant rendu compte que le château n’aurait pas dû être restitué au prince, en raison des lois de 1796 et la cession du 29 ventôse an XII (20 mars 1804), la ville demande et obtient le remboursement des 2000 francs, plus 700 frs de loyers indûment versés. Désormais la ville est enfin entièrement propriétaire de son château.

Les Montluçonnais et le Vieux-Château : un attachement réel et ancien

  Alors qu’un château dans une ville peut être vu tant comme une défense efficace pour la cité qu’un lieu de stockage et de sécurisation des vivres, mais aussi comme la représentation du pouvoir avec l’impôt et la domination d’un seigneur, les Montluçonnais ont marqué, au fil du temps, un attachement particulier à leur château.

Présent dans les armoiries de la cité, le château seigneurial a très tôt une fonction municipale et va aussi porter un des marqueurs des libertés de la ville, par la présence de l’horloge de la ville dans la tour de l’horloge du château. En effet, les assemblées de la ville se réunissent jusqu’à la Révolution, dans la salle des consuls, située au-dessus de la porte des Cordeliers. Lors de l’assemblée du conseil, les habitants sont convoqués au son de la cloche. Si celle-ci avait été située en haut de la rue Notre-Dame actuelle, elle aurait été inaudible pour une grande partie de la ville basse.

Photo réalisée en 1930, d’un dessin appartenant à M. Zèle, d’une partie de la galerie, de la tour de l’horloge et de l’aile nord en 1848.

Une horloge au début du XVe siècle et la tour de l’horloge du château

Si les horloges de ville sont déjà l’apanage des villes libres, notamment dans les Flandres relevant alors du royaume de France, elles ne sont pas courantes en France. À Paris, la première horloge publique est installée sur le Palais de la Cité, à l’initiative de Charles V en 1371, où elle marque encore les heures. Montluçon, elle aussi, possède la sienne très tôt. Elle est mentionnée déjà dans les archives de la cité en 1410, sans que sa situation soit précisée.

Le château est reconstruit par Louis II à la fin du XIVe siècle, mais la tour de l’horloge n’est bâtie que plus tardivement dans la deuxième partie du XVe siècle. Un campanile était-il déjà installé pour les cloches de la ville ? Le seul document représentant le château avant cette construction est une peinture du château sur le polyptyque de Notre-Dame (circa 1445-1479). Une petite tour à droite du donjon semble représenter un clocheton, mais sans certitude.

L’usage et l’entretien du haut de la tour, qui devient le beffroi de la cité, semblent établis depuis longtemps en 1495, quand le lieutenant de la châtellenie note qu’« il fut constaté que les consuls de la ville avoient seuls le droit de conférer l’office de gouverneur de l’horloge, quoiqu’il fut placé sur la tour du château ». La plus ancienne représentation de la tour actuelle de l’horloge du château date de 1547-1549.

La gestion et l’entretien de la partie haute de la tour et de son campanile sont continuellement assurés par la ville comme le montrent ces archives. Cette possession d’une partie du château semble importante pour les Montluçonnais, comme on le voit au cours du XVIIIe siècle, lorsque les habitants s’opposent à des destructions opérées par un noble local, le sieur de Fermé, qui cherche des matériaux pour les travaux de son château de la Gaité. À cette époque-là, le prince de Condé accorde la jouissance de l’esplanade aux habitants comme promenade publique. Au XIXe siècle, lorsque la municipalité abandonnera le château à l’armée, elle se réservera une promenade publique à l’est de l’esplanade et la jouissance de l’horloge du château.

Cet attachement ancestral à un bâtiment symbolique représentant la ville, mais aussi sans doute une partie des libertés de la cité à travers le beffroi municipal dominant le château depuis alors un demi-millénaire, est manifeste dans le courrier de que la municipalité adresse au prince de Condé le 27 décembre 1815, dans lequel elle dit l’importance pour elle de posséder le château :

« A défaut d’autres édifices publics, la commune, durant les années qui s’écoulèrent depuis le décret du 20 mars 1804, jusqu’au retour du Roi, tira de son château le meilleur parti qu’elle put. Elle éprouva en différentes occasions qu’il n’était pas indifférent pour elle de le posséder ou de ne pas le posséder ».

Faisons encore un saut d’un siècle en laissant le dernier mot sur le château et les Montluçonnais au maire Marx Dormoy dans le discours qu’il prononce le 11 mars 1930 au conseil municipal. Dans sa présentation du projet de restauration du château, il indique que celui-ci est un des éléments du programme électoral de la mandature en cours. Une phrase montre, comme un bien-entendu, que le château est un bâtiment important pour tous et une évidence pour tous les citoyens de la ville, quel que soit leur bord politique :

« Nous sommes, ici, entre Montluçonnais. Nous savons tous que le Château des ducs de Bourbon est la parure de notre ville. Il en est le symbole ».

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