Les Amis de Montluçon

Société d'Histoire et d'Archéologie

De Monestier à Taxat-Senat 120e excursion des Amis de Montluçon du 10 mai 2026

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Activité associée

Tympan de l'église Saint-Martin de Bellenaves

Depuis longtemps déjà, les Amis de Montluçon ont prouvé qu’une météo menaçante ne suffisait pas à les décourager de participer à leur excursion annuelle. Bien qu’annoncée, la pluie est finalement restée discrète. Pour la première fois, ils se sont joints aux Amis du Patrimoine Religieux en Bourbonnais (APRB) pour une excursion commune dans la région de Chantelle et Bellenaves.

Au total, 66 participants se sont retrouvés pour une journée organisée en cinq étapes – Monestier, Deneuille-lès-Chantelle, Chantelle, Bellenaves et Taxat-Senat – au cœur de la partie la plus méridionale de l’ancien diocèse de Bourges.

Les églises visitées, romanes pour la plupart, dépendaient de différents établissements monastiques. Cette situation illustre bien la complexité du partage d’autorité entre évêques et monastères sous l’Ancien Régime.

Si l’origine exacte de certains de ces sanctuaires demeure difficile à établir – à l’exception notable de Saint-Vincent de Chantelle –, ils témoignent tous de la densification du réseau paroissial aux XIe et XIIe siècles, notamment sous l’impulsion de la réforme grégorienne.

Cette journée fut également l’occasion de traverser cette partie du Bourbonnais où les paysages alternent entre le bocage des Combrailles et les espaces plus ouverts de la Limagne.

MONESTIER

Mme Chantal Chatet-Auclair, maire, et son prédécesseur, M. Yves Maupoil, ont accueilli chaleureusement les participants au pied de l’église Saint-Pourçain, leur offrant un café de bienvenue.

À lui seul, le nom de la commune évoque son passé monastique. Dans ses limites actuelles, elle regroupe les anciennes paroisses de Monestier et de Chantelle-la-Vieille, dont les églises dépendaient de la prévôté d’Évaux.

Chantelle-la-Vieille est sans doute l’ancienne Cantilia mentionnée par Sidoine Apollinaire et figurant sur la Table de Peutinger. Plusieurs vestiges attestent de l’existence d’un vicus gallo-romain traversé par des voies antiques. Selon l’historien local Hugues Delaume, son église a été reconstruite en 1210 après un incendie, avant de devenir une simple chapelle desservie par le curé de Monestier. Elle disparut au XVIIIe siècle.

L’histoire de Chantelle-la-Vieille est liée à celle du pont romain à cinq arches franchissant la Bouble. Endommagé par une crue au XIIIe siècle, il fut reconstruit et soumis à un péage. Important axe de passage entre le Languedoc, l’Auvergne et Paris, il tomba progressivement en ruine à partir du XVIe siècle, entraînant le déclin du hameau. Le pont actuel date de 1839.

L’église paroissiale de Monestier est issue d’un ancien prieuré-cure dont les autres bâtiments ont disparu. D’origine romane (XIe siècle), elle comprend une nef unique et un chœur reconstruit aux XIVe et XVe siècles. On y remarque encore des vestiges de voûtes d’ogives, une piscine liturgique ainsi que des modillons extérieurs.

La nef et le chœur ont été voûtés en plâtre lors du remplacement de la charpente primitive. Deux chapelles latérales complètent l’ensemble, tandis que la sacristie a été aménagée derrière le chevet.

Le clocher constitue l’élément le plus remarquable : sa base romane carrée supporte un étage octogonal du XVe siècle percé de baies gothiques géminées. La flèche d’origine fut détruite en 1794.

Parmi les œuvres conservées figure une toile du peintre Louis Matout (1811-1888), représentant le Christ mort emporté au ciel par Dieu le Père. Nul ne sait pourquoi elle a été installée ici, mais Annie Regond considère qu’elle mériterait une restauration.

DENEUILLE-LÈS-CHANTELLE

Cette petite commune d’une centaine d’habitants est aujourd’hui dépourvue d’église paroissiale. Cependant, cette seconde étape fut sans doute la plus belle découverte de la journée puisqu’elle nous permit de visiter, à titre exceptionnel, l’ancienne église du village dédiée à Saint-Martin, devenue propriété privée lors de la Révolution française. Elle aussi dépendait de la prévôté d’Évaux par l’intermédiaire du prieuré de Chantelle.

Le plan de ce petit édifice roman est simple et fréquent en Berry comme en Bourbonnais : une nef rectangulaire prolongée par une travée droite ouvrant sur une abside voûtée en cul-de-four. La porte méridionale de la nef conserve un linteau en bâtière d’influence auvergnate.

Le véritable trésor du lieu – et l’objet principal de notre visite – réside dans les peintures murales du XVe siècle qui ornent le chœur. Malgré le changement d’usage du bâtiment, plusieurs parties sont remarquablement conservées et les personnages représentés demeurent très expressifs. On y distingue le Christ en majesté, non loin duquel des anges portent les instruments de la Passion, ainsi que plusieurs saints : saint Roch, sainte Barbe, saint Sébastien, mais aussi sainte Marie-Madeleine et saint Jean-Baptiste, représentés face à face dans une attitude de prière.

C’est tout le mérite de M. et Mme Jean-Jacques Kégelart d’avoir restauré ce bâtiment et ses peintures. Leur engagement a d’ailleurs été récompensé à deux reprises par le prix Émile Mâle.

CHANTELLE

Mère Pascale, abbesse de Chantelle, a salué notre groupe à son arrivée dans la cour du monastère.

Daniel Moulinet a ensuite pris le relais pour nous présenter l’église abbatiale, entièrement accessible pour nous ce jour-là.

Dès le Ve siècle, une église dédiée à saint Vincent est attestée à Chantelle. Mais c’est surtout grâce à un acte de donation daté du 26 mars 937 que nous connaissons précisément la fondation d’un établissement dédié à Saint-Vincent.

Parmi les signataires figurent les évêques de Bourges, Clermont, Limoges et Odon, second abbé de Cluny. La fondation, contemporaine de celles de Souvigny et de Bellaigue, fut placée sous la dépendance directe de la prévôté Saint-Pierre-et-Saint-Paul d’Évaux, en Combraille ; le terme de « prieuré » n’apparaîtra qu’au XIIIe siècle.

C’est probablement la règle de saint Chrodegang (712-766), d’inspiration augustinienne, adoptée par les chanoines d’Évaux, qui fut suivie à Chantelle.

Insérer le plan de l’église Saint-Vincent et du prieuré attenant

Église abbatiale Saint-Vincent 

La construction de l’église abbatiale remonte probablement au dernier quart du XIe siècle pour le chœur, le transept et la travée orientale du bas-côté nord ; la nef à trois travées et les collatéraux furent édifiés au début du XIIe siècle.

Dans Nivernais Bourbonnais Roman (Zodiaque), Jean Dupont décrit ainsi l’édifice :

« L’église conserve à la façade occidentale un large portail aujourd’hui muré… La nef de trois travées voûtées en berceau brisé est flanquée de collatéraux en segment de cercle très tendu. Les doubleaux portent au mur sur des colonnes engagées à chapiteaux de feuillages. La croisée du transept, d’une splendide élévation, supporte une coupole sur petites trompes très remaniée. Les croisillons, très saillants, sont fermés par un mur percé de deux baies que sépare un arc en mitre. Au-dessus s’ouvre une petite fenêtre. »

Le chœur à courte travée droite s’achève par une abside en hémicycle accompagnée d’un déambulatoire qui dessert trois chapelles rayonnantes éclairées par des fenêtres à colonnettes. Les chapiteaux y sont pour la plupart simplement épannelés. Quelques-uns ont reçu un décor de feuillage ou de petits personnages assez frustres. On admirera par contre le magnifique chapiteau d’un pilier au côté droit du chœur, à décor à galons entrelacés formant au centre une rosace par-dessus laquelle deux animaux semblent bondir, et laissant apparaître au registre inférieur de curieux masques humains. Au chevet, l’abside et les absidioles sont dominées par de hauts pignons qui rappellent ceux du chevet de Saint-Nectaire en Auvergne. Une corniche à modillons à copeaux court sous les toitures ».

Les chapiteaux de l’église, généralement datés du XIe siècle, ont fait l’objet d’une étude approfondie de sœur Marie-Pierre Crépin, publiée en 1997 par l’APRB.

Sur la cinquantaine de chapiteaux conservés, certains furent restaurés au XIXe siècle, tandis que d’autres, notamment dans la nef, semblent être restés inachevés. Beaucoup présentent des rinceaux, des palmettes et parfois des figures humaines sous forme de masques.

Trois d’entre eux situés sur le premier pilier occidental sud de la nef retiennent particulièrement l’attention. Ils semblent raconter, de manière symbolique, l’histoire de la construction du monastère :

le premier représente un homme vêtu d’un bliaud, tenant des outils de tailleur de pierre ;

le second montre un personnage levant des rinceaux évoquant des arcades en construction ;

le troisième figure un homme actionnant deux cloches suspendues au-dessus de lui.

Sainte Anne éduquant la Vierge (détail), œuvre de Jean Guilhomet, entre 1500 et 1503, exposée au musée du Louvre, provenant de la chapelle Saint-Pierre érigée dans l’église Saint-Vincent de Chantelle, détruite en 1633

Mobilier et œuvres d’art

Le musée du Louvre conserve trois statues en pierre provenant de Chantelle et attribuées à l’atelier de Jean Guilhomet, dit Jean de Chartres, vers 1500-1503. Elles représentent les saints patrons de Pierre II de Bourbon, d’Anne de Beaujeu et de leur fille Suzanne.

Ces sculptures avaient probablement été commandées pour la chapelle Saint-Pierre édifiée au XVIe siècle au flanc nord de l’église prieurale, puis détruite au début du XVIIe siècle. Redécouvertes en 1845 sous le dallage de la sacristie construite en 1620 par les Jésuites de Moulins, elles furent ensuite acquises par le Louvre en 1897. Elles sont aujourd’hui exposées dans le département des Sculptures du Moyen Âge, de la Renaissance et des Temps modernes (salle 211, aile Richelieu, niveau 0).

L’orgue actuel, composé d’une douzaine de jeux répartis sur deux claviers et pédalier, fut construit par le facteur lyonnais Jean Dunand en remplacement d’un instrument de Mutin daté de 1923. Son installation, en 1980, est liée au réaménagement de l’église. Le chœur des religieuses, initialement installé dans la nef, fut transféré à la croisée du transept, tandis que les anciennes stalles en noyer rejoignirent l’église prieurale de Souvigny.

Jean Dunand voulut réaliser ici le prototype d’un nouveau système de transmission mécanique par fil de duralumin qu’il envisageait d’adapter ensuite à l’orgue de l’église Saint-Eustache à Paris, dont le chantier venait de lui être confié. Si le procédé fonctionna correctement à Chantelle, l’expérience tourna à l’échec à Paris, entraînant l’annulation du marché par la Ville et, par voie de conséquence, la disparition de l’entreprise Dunand.

Catherine Serre, organiste à Vichy, eut la gentillesse de nous faire entendre sur cet instrument deux petites pièces de Paul Benoist (1893-1979), compositeur et moine bénédictin, organiste de l’abbaye de Clervaux (Luxembourg).

Église paroissiale Saint-Nicolas 

Avant de quitter Chantelle pour aller déjeuner à Saint-Bonnet-de-Rochefort, le groupe fit halte à l’église paroissiale dédiée à Saint-Nicolas.

Ce vaste édifice de style néo-gothique, construit entre 1877 et 1880, est l’œuvre de l’abbé Joseph Pougnet (1829-1892), prêtre et architecte autodidacte marseillais, qui est également à l’origine de plusieurs autres églises dans l’Allier : Neuilly-le-Réal (1873), Saligny-sur-Roudon (1876), Bressolles (1877-1880), Chareil-Cintrat (1881-1883) et Varennes-sur-Allier (1881-1884).

Son travail s’inscrit dans le mouvement de renouveau liturgique et patrimonial du XIXe siècle, cherchant à créer des espaces fonctionnels d’un point de vue liturgique tout en veillant à la maîtrise des coûts.

On lui doit également la restauration de l’abbaye de Sénanque et plusieurs constructions en Provence, dont l’abbatiale Saint-Michel de Frigolet (1863-1872), sans oublier d’importants chantiers en Afrique du Nord.

L’église conserve une importante série de reliquaires dont certains proviendraient des sires de Bourbon.

La fête des reliques est la fête patronale de Chantelle, célébrée le dimanche qui suit l’Ascension.

L’église conserve également un tableau donné par l’État en 1880, copie de La Naissance de la Vierge de Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682). L’original, conservé au Louvre (salle 718, aile Denon, niveau 1), fut peint vers 1660-1661 et se trouvait à l’origine dans la cathédrale Santa María de Séville. Pendant la guerre d’Espagne et l’occupation française, la toile fut « offerte » par le chapitre au maréchal Soult, en remerciement de son aide lors d’un conflit opposant le clergé au roi Joseph Bonaparte. L’œuvre demeura dans la famille Soult jusqu’en 1858 avant d’être cédée à l’État.

BELLENAVES

Dans ses limites actuelles, la commune de Bellenaves a intégré, en 1841, Saint-Bonnet-Tizon, issu de la fusion, onze ans plus tôt, de Saint-Bonnet-de-Bellenaves et de Tizon.

Si des traces d’occupation gallo-romaine ont été identifiées, les origines de la paroisse remontent au Moyen Âge, avec un prieuré mentionné dès le XIIe siècle et relevant de l’abbaye de Menat, en Auvergne.

L’église Saint-Martin a été construite sur une base romane (fin XIe – début XIIe siècle), dont ne subsiste aujourd’hui qu’une partie des murs latéraux de la nef. Des modifications et agrandissements successifs sont intervenus jusqu’au XIXe siècle, donnant l’impression d’une nef réduite par rapport à l’importance du transept et des chapelles qu’il dessert, tout en modifiant extérieurement l’équilibre du chevet initial.

Cependant, ces vicissitudes architecturales n’empêchent pas d’admirer des chapiteaux ornés de feuillages, d’animaux et de personnages, ainsi que l’élégance du clocher gothique octogonal, percé de baies décorées de deux trilobes.

Mais l’élément le plus remarquable du décor demeure sans conteste le tympan sculpté du portail occidental, unique en Bourbonnais par la représentation simultanée de deux épisodes de la Cène : celui où le Christ désigne Judas comme son futur traître, et celui du lavement des pieds des apôtres. Malgré les mutilations et les dégradations, les personnages conservent une étonnante expressivité.

Émile Mâle, qui a beaucoup observé ce tympan lors de ses séjours à Bellenaves, le considérait comme un bel exemple de sculpture bourguignonne dans une église d’influence auvergnate.

TAXAT

Dernière étape de notre périple, l’église Saint-André de Taxat offre un bel exemple de ce que la volonté collective peut accomplir au service de la sauvegarde du patrimoine.

Cet ancien prieuré clunisien, vendu comme Bien national en 1796 puis transformé en bâtiment agricole, a échappé à la ruine totale grâce à la détermination des Amis du Vieux Taxat, qui œuvrent depuis plus de quatre décennies à sa restauration.

Si cette modeste construction des XIe ou XIIe siècles a perdu ses collatéraux ainsi que sa voûte en berceau en 1956, elle conserve néanmoins un remarquable ensemble de peintures murales datées des années 1300-1330, que les travaux de sauvegarde ont permis de mettre en valeur.

Le Christ est représenté en majesté dans le cul-de-four de l’abside, juste au-dessus de l’Agneau pascal. Les scènes de son enfance y sont nombreuses. La Vierge apparaît également à plusieurs reprises, notamment avec l’Enfant dans ses bras.

D’autres figures se distinguent encore, parmi lesquelles un évêque, ainsi que les traces probables d’un arbre de Jessé, sans oublier plusieurs croix de consécration et des litres funéraires.

Taxat est devenu une étape incontournable de la route des églises peintes du Bourbonnais, où s’acheva notre excursion, après une journée riche en visites passionnantes et en moments de convivialité.

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