Les Amis de Montluçon

Société d'Histoire et d'Archéologie

Commentry : l’histoire de la cité minière

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le Vieux-Bourg

« Dans un petit coin du Bourbonnais, une petite localité, Commentry, vivotait depuis des siècles, sans avoir jamais jeté le moindre éclat, si bien que son origine, la date même approximative de sa naissance, les diverses phases de son existence restent encore entourées d’obscurité. Mais le sous-sol de cette commune possédait des trésors à peine entrevus que le génie industriel du XIXe siècle sut exploiter. Et voilà que par l’extraction d’une houille d’excellente qualité, par la création d’une glacerie, bientôt remplacée par des usines métallurgiques, Commentry commença à s’accroître, à s’étendre et arriva à prospérer jusqu’à devenir un centre de richesse pour tout le pays environnant ».

(Préface de Paul Fabre dans l’ouvrage « Canton de Commentry » d’Édouard Garmy, 2004)

Les origines de Commentry

Le Vieux-bourg ou le Petit bourg comme l’appelle les Commentryens, est le berceau de la cité. Coincé entre deux petites rivières, l’Œil et la Banne, Commentry est une petite bourgade de 450 habitants environ au XVIIe siècle et compte une forte proportion de laboureurs et de propriétaires exploitant un sol difficile à travailler. La commune rurale est dispersée en une vingtaine de hameaux et de lieux-dits aujourd’hui très rapproché les uns des autres : village des Pourrats, Bazergue, la Butte, Signevarine, la Bouëge ou la Bouige, les Raynauds.

Pour certain, le nom de ce village viendrait de « Komban Kegez, un nom celtique qui signifie « vallée de brise et de charbon ». À l’époque gallo-romaine, une voie romaine passait à proximité de Commentry et de Malicorne pour descendre sur l’actuel stade Isidore-Thivrier par le Bois de la Forge, et le bourg avait pour nom Combatriacum : un vieux nom dérivé du celtique « Comb », petite vallée entourée de hauteurs, et d’un mot français « entraigues » signifiant « entre les eaux ». Cela représente assez bien l’emplacement du vieux bourg de Commentry, dans un vallonnement entouré par l’Œil et la Banne.

Au XIXe siècle, Commentry a vu sa population croître rapidement. La ville devient un exemple de croissance démographique et atteint, en 1876, 12 978 habitants. En 40 ans, elle a pratiquement quadruplé et devient la troisième ville du département. L’industrialisation de la Glacerie puis de la Forge, ainsi que l’exploitation de la mine de charbon, expliquent cet accroissement de la population et le développement de la nouvelle ville, juxtaposée au Vieux bourg.

La naissance d’une nouvelle ville et de nouveaux bâtiments

Avec l’afflux de population qui accompagne la nouvelle industrialisation de Commentry, le Vieux bourg et les villages environnants ne peuvent plus accueillir de nouveaux habitants.

Un vaste terrain vague improductif, la Bouige, proche de la mine, va devenir le centre de la nouvelle ville minière souhaitée par les directeurs des usines.

En effet, en 1844, Paul Rambourg, maire de Commentry décide de vendre cet espace communal afin de construire le nouveau centre-ville. Avec l’argent de la vente et celui d’une souscription, les élus pourront ainsi donner vie à ce nouveau centre en élevant de nouveaux bâtiments indispensables pour les habitants.

La Place du 14 juillet

Une nouvelle place centrale, aujourd’hui la Place du 14 juillet, a été conçue par Stéphane Mony, directeur de la Société sidérurgique de Commentry-Fourchambault. Cette place est triangulaire, et elle délimite les voies principales de la commune, montrant ainsi comment son concepteur a pensé et mis en scène le centre de la cité.

La Halle aux grains

Le premier bâtiment est la halle aux grains. Construite dès mars 1849, elle sera inaugurée l’année suivante. Souhaitée par le maire, elle est réalisée sur les plans et sous la direction de Miltiade Forey, ingénieur qui sera également directeur de l’usine des Hauts Fourneaux de Montluçon, et monsieur Déchaux, entrepreneur. Paul Rambourg fait appel à des fonds privés afin de financer ce projet initialement prévu pour le stockage des grains. Mais dès 1868, le bâtiment accueillera le marché de viande. Au fil du temps, cette construction sera utilisée à des fins autres que commerciales : tour à tour salle de spectacle, salle de classe pour garçons de 1863 à 1864, elle deviendra une salle des fêtes avant sa démolition en 1893 pour laisser place au nouvel hôtel de ville.

L’Hôtel de ville

En effet, en 1893, le maire François Faure décide la construction d’un bâtiment administratif. En effet, il n’existait pas de mairie au Vieux bourg. Le bureau et les archives étaient situés au domicile du maire. Le nouvel édifice est construit sur pilotis et date de 1894. On accepte le projet d’un architecte parisien, Ulysse Gravigny, concepteur notamment de l’hôtel de ville d’Arcueil dans le Val-de-Marne. L’intérieur du bâtiment est richement décoré par des peintures telles que La joie au travail, triptyque composé de trois huiles sur toile aux dimensions imposantes représentant des scènes parisiennes. Il y a également Les Quatre saisons de Lucien Mignon, allégories peintes en 1925 pour la salle des médailles de la Bibliothèque nationale de France. Déposée en 1927, elles seront installées à l’hôtel de Ville de Commentry. Oubliées durant de nombreuses années, elles seront redécouvertes par l’équipe municipale, restaurées et installées sur les murs du bâtiment en début d’année 2025.

Les peintures les plus remarquables se trouvent dans la salle du conseil. Ce sont des peintures murales de Marc Saint-Saëns (1903-1979) datant de 1939. Elles témoignent du passé économique, social et politique de la ville en représentant notamment Les âges de la vie (la maternité, le foyer, la jeunesse, l’enseignement et la vieillesse. Christophe Thivrier, maire de la cité en 1882 et réélu en 1888, trône au milieu de la salle, habillé de sa fameuse biaude bleue ! De belles sculptures trônent à l’intérieur de la mairie avec notamment L’âge du fer qui accueille les visiteurs et les usagers. Le buste d’Isidore Thivrier, réalisé par Raymond Coulon en 1945, rappelle ce maire commentryen qui fut un des 80 parlementaires à refuser de voter les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Après avoir démissionné de ses fonction d’élu pour entrer en résistance, il sera dénoncé et déporté au camp de Struthof où il mourra le 5 mai 1944.

Les peintures murales de la salle du Conseil

Une nouvelle salle des fêtes accompagne la mairie dans la réalisation d’Ulysse Gravigny. Dès son ouverture, cette nouvelle salle de spectacle accueille des troupes professionnelles. Après 1964, une réorganisation de l’espace sera réservée aux services techniques de la mairie et on ampute le théâtre de ses loges et de ses balcons, le réduisant à une simple salle des fêtes. Aujourd’hui, de nombreuses animations sont organisées, et le lieu a été baptisé Théâtre Alphonse-Thivrier, en hommage à un arrière-petit-fils de Christophe. Passionné de théâtre, il est à l’origine de la création de la troupe de théâtre « Jeune Ambiance ».

Les deux églises de Commentry

L’église de Saint-Front, au cœur du Vieux bourg, date du 12e siècle. C’est un édifice roman remanié à de nombreuses reprises. Dès 1849, il n’est plus assez grand pour recevoir les fidèles, et il est également trop excentré. La vente des communaux permettra alors la construction d’une nouvelle église au cœur de la nouvelle ville. C’est une des rares églises néoclassiques du département. Les travaux de construction débutent en 1851 sur un plan rectangulaire partagée en trois vaisseaux. Un campanile sert de clocher et une inscription Liberté Égalité Fraternité sera inscrite sur le fronton d’entrée de l’édifice religieux. Elle est consacrée le 1er août 1853 par l’évêque de Moulins, monseigneur de Dreux-Brézé. Certains vitraux de cette église du Sacré-Cœur témoignent du passé industriel de Commentry. Celui de Saint Éloi, représenté avec le marteau, l’enclume et les tenailles, évoque le patron des forgerons, des orfèvres et des métallurgistes. Le vitrail de Saint Thibaud, avec son pic, sa lampe et son marteau, évoque le patron des mineurs.

Le bien-être des Commentryens

Avant l’industrialisation, les habitants de la commune vivaient dans des fermes isolées, des petits hameaux. Le problème des logements des ouvriers devenant critique, des cités-jardins seront bâties. Une des plus grandes est la Cité des Brûlés comptant 72 maisons afin d’accueillir les mineurs des Ferrières. Nous pouvons aussi évoquer la Cité Léon-Lévy avec 48 maisons, ou la Cité Taffanel (20 maisons).

Auparavant, Nicolas Rambourg, premier concessionnaire des mines de Commentry, édifie la Glacerie en 1824. C’est une enceinte industrielle qui contient à la fois, au centre les bâtiments de production, et en périphérie des habitations toutes semblables pour loger les ouvriers et les employés afin de les rapprocher de leur lieu de travail. Certaines de ces petites maisons vont accueillir les ouvriers venant de Saint-Gobain ou de Saint-Quirin dans le Nord de la France. Les Commentryens appelleront cette rue hérissée de modestes cheminées « la rue des tuyaux de poêles », aujourd’hui connue sous le nom de rue Jean-Jacques Rousseau.

la rue Jean-Jacques-Rousseau
« Le rue des tuyaux de Poêle »

Pour la santé et l’hygiène, de nouveaux espaces sont réalisés. C’est le cas de la Maison Saint-Louis. En 1857, Louis Rambourg souhaite consacrer 250 000 francs de sa rente personnelle pour la construction d’un établissement de bienfaisance. Cette institution sera inaugurée le 25 août 1866 afin d’accueillir les mineurs, les blessés, les ouvriers de la forge. Son service est confié à la compétence des Sœurs de la Charité de Bourges et il développera une capacité d’accueil passant de 35 lits à 51 en 1903. Les locaux seront agrandis avec la construction de nouveaux pavillons en 1938 et 1942 et c’est aujourd’hui une maison de retraite.

Pour l’hygiène et la salubrité, on construit en 1919 des bains-douches, indispensables dans cette ville ouvrière et minière. Pour cela, la municipalité de Commentry fait appel à Pierre Diot, architecte très connu à Montluçon. Récemment, par suite de la multiplication des salles de bains dans les logements, ce bâtiment devenu inutile a été démoli en novembre 2018, et remplacé par un immeuble locatif.

Le 17 février 1924, le conseil municipal décide la construction d’un marché couvert dont l’architecte est Albert Nuret, originaire de Malicorne et habitant de Commentry. L’édifice voit le jour pour répondre aux besoins de l’importance du marché du vendredi (jour institué depuis 1845). Il prendra de l’ampleur grâce à cette structure métallique composée de fer et de fonte pouvant accueillir 32 boutiques, notamment pour les commerces de bouche. Depuis 1930, le marché s’organisait de la façon suivante : le marché couvert accueillait l’alimentation, la viande, le poisson ; la place Martenot les fruits et les légumes ; sous la marquise du théâtre, on vendait les céréales, les pommes de terre ou les châtaignes. La place du 14 juillet accueillait les étoffes, les tissus ou les lainages. Aujourd’hui le marché de Commentry est très réputé et s’articule toujours autour du marché couvert et de l’hôtel de ville.

Cette cité minière a connu une forte croissance au 19e siècle grâce à l’exploitation de sa mine de charbon à ciel ouvert, à l’ouverture de la glacerie et de la forge. Elle a su se développer, ouvrir des sites culturels et sportifs pour le bien-être des Commentryens.

Pour en savoir plus

Georges ROUGERON :
– Commentry, première municipalité socialiste du monde (1882-1982) : un centenaire
Histoire de Commentry et des Commentryens

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